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Blu-ray : Mais que font les studios ?

Discussions autour des disques Blu-ray et œuvres cinématographiques.

Blu-ray : Mais que font les studios ?

Message par Olivier Grimal » Sam 11 Mai 2013 17:59

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Derrière ce titre un brin provocateur se cache un malaise de plus en plus présent sur le marché de la vidéo et par conséquent du Blu-ray. Après des années 2011 et 2012 riches en sorties de grands classiques (Ben-Hur, Les Dix Commandements, Cléopatre, Star Wars, Lawrence d'Arabie, Les Dents de la Mer etc...), l'année 2013 voit le rythme des sorties ralentir considérablement. Nous ne chercherons pas ici à accabler untel ou untel mais plutôt à comprendre cette tendance à la désaffection du support par les acteurs du marché. Pour cela, il faut s'intéresser au marché américain car, c'est bien connu, c'est là-bas que tout se décide.

Même si les parts de marché du Blu-ray augmentent de manière significative chaque année, la courbe est loin d'être au niveau de celle du DVD en son temps et ce, malgré la présence de lecteurs à bas prix. Si l'on pousse un peu plus loin l'analyse, on s'aperçoit vite que le marché a subi de profondes mutations ces trois dernières années.

La première mutation semble trouver son point d'origine avec la crise financière mondiale. Les consommateurs américains ont également été touchés au portefeuille et les ventes de Blu-ray de fond de catalogue ont été les premières impactées. Les ventes de "Rencontres du 3ème Type" ou du "Pont de la Rivière Kwaï" par exemple ont déçu et ce malgré leurs qualités. Si les ventes de nouveautés sont soutenues (The Dark Knight, Avengers, Skyfall...), celles des titres catalogues stagnent. Le voeu pieux de l'industrie consistant à faire remplacer un titre DVD par son pendant Blu-ray n'est plus.

La seconde mutation concerne le bouleversement de la distribution. L'avènement d'internet a précipité la chute des points de vente au point que certaines enseignes historiques ont disparu (Tower Records, Virgin, Blockbuster...). Cette contraction du marché a également fait des victimes auprès des acteurs internet (DVD Express, Axel, Cinebox au Canada...). Comment faire alors pour faciliter l'accès des produits aux consommateurs ? Réponse de l'industrie : l'exclusivité.

Cette stratégie fut orchestrée à grande échelle lors du lancement du Blu-ray 3D, pour un résultat plus que mitigé. Devoir acheter tel téléviseur pour obtenir tel Blu-ray 3D fut une hérésie et cette stratégie ne fit pratiquement que des mécontents et fut abandonnée rapidement (il fallut cependant attendre la fin des périodes d'exclusivité négociées dans les contrats pour trouver ces titres à la vente). Mais certains studios y ont vite vu une opportunité florissante. Pourquoi subir les coûts de distribution et de marketing lorsque d'autres peuvent s'en charger ? MGM, FOX, Paramount ont alors commencé à distribuer certains titres en exclusivité aux enseignes Best Buy, Wallmart, Target, Amazon etc...

Cette stratégie s'avéra payante pour tous (l'exclusivité Best Buy de l'édition 3 disques de Mission Impossible 4 fut un grand succès). Cependant, certains studios ont décidé de pousser le concept encore plus loin en voulant également s'affranchir des coûts de fabrication. Pour se faire, ils ont accepté ce qu'ils avaient toujours refusé auparavant (excepté chez Criterion notamment): céder les droits d'exploitation de leurs catalogues respectifs à d'autres sociétés. Paramount avec Olive Films, Fox avec Anchor Bay, Disney avec Mill Creek Ent., Sony avec Twilight Time etc...
Les consommateurs américains ont alors pu bénéficier de titres souvent négligés dans des éditions HD de qualité très correctes. Revers de la médaille : ces éditions ne comportent pratiquement aucun bonus.

La troisième mutation concerne la numérisation. Avec l'explosion des chaînes de TV HD et l'essor de la VOD (Netflix et Itunes en tête), la demande de films avec masters HD est en constante augmentation. Pour y répondre, les studios ont crées des divisions spécialisées en restauration numérique et ont commencé à restaurer en masse leurs catalogues. Une chaîne comme TCM HD propose même des titres HD inédits (L'Impossible Mr Bébé de Howard Hawks, Bugsy de Barry Levinson, Le Point de non retour de John Boorman etc...). Cette chaîne ayant même diffusé Lawrence d'Arabie en HD le mois de sa sortie Blu-ray ! Les masters HD existent donc bien mais les studios n'ont plus besoin des ventes du support physique pour rentabiliser les coûts des restaurations. Sony par exemple, n'a pas sorti un seul titre catalogue depuis Lawrence d'Arabie en novembre 2012...

Quant au marché français, si l'on retrouve peu ou prou les mêmes mutations, celles-ci n'ont pas forcément les mêmes conséquences. Les filiales françaises des majors américaines n'ont qu'une faible marge de manoeuvre. Elles ne peuvent décider seules des choix de titres et de leurs contenus. Pour sortir un titre en France, il faut d'abord convaincre la maison mère du potentiel commercial du titre (ce qui n'est pas chose aisée) et ensuite s'assurer que le point mort sera au minimum atteint. C'est le gros point noir de l'édition en France. Une édition Blu-ray a un coût encore trop élevé pour un pays comme le nôtre en termes de royalties auprès de Sony. La tentation de fabriquer plus d'exemplaires pour mutualiser les coûts est risquée car en cas d'échec, le titre sera à perte et se retrouvera bradé quelques mois plus tard. L'équilibre est donc particulièrement difficile à trouver. Cette problématique n'existe pas aux USA vu la taille de leur marché.

Pour les éditeurs indépendants (Wild Side, Carlotta...), il leur faut rajouter le coût des droits du film, ce qui se traduit souvent par un prix de vente supérieur. Pour justifier ce tarif, ces éditeurs sont amenés à concevoir des éditions de qualité avec des bonus de fond (le sublime coffret de La Nuit du Chasseur chez Wild Side). En revanche les droits alloués stipulent bien souvent des sous-titres imposés afin d'éviter les importations parallèles.

Pour les majors françaises (Pathé et Gaumont), l'édition est plus aisée car non seulement elles sont propriétaires de leurs films mais elles bénéficient également de subventions pour restaurer les oeuvres du patrimoine. La collection Gaumont est à ce titre, exemplaire de part sa ligne éditoriale où se côtoient films d'auteur et succès commerciaux. Pathé n'est pas en reste et prépare d'ailleurs pour la fin d'année la sortie Blu-rau de toute une série de classiques du cinéma français.

En conclusion, le marché du Blu-ray est en constante évolution et même si l'âge d'or du DVD semble révolu, certains éditeurs de Blu-ray sont toujours attachés au support physique et continueront à nous le prouver en sortant de nouveaux titres, tant qu'ils se vendront...
Olivier Grimal
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